En Terre Inconnue…
Frédéric Lopez accompagne dans des terres toujours plus reculées, avec un regard très humain, des célébrités vers une destination-surprise. Chaque fois, dans des pays sublimes, il va à la rencontre de peuples qui nous sont vraiment lointains… et nous revient, quelques mois plus tard, avec des documentaires chargés d’émotion, de poésie, mais aussi de beauté et de connaissances sur notre belle planète, les terres et les hommes qui la peuplent. Frédéric Lopez a répondu aux questions d’Ecolokid…
Comment préparez-vous ce genre de voyages ?
“Chaque émission demande huit mois de travail :
- Deux mois de préparation à Paris avec deux journalistes scientifiques et un rédacteur-en-chef qui étudient toutes les destinations, avec tout ce qui a pu être écrit sur le sujet. Cela peut-être des bouquins de voyageurs, d’ethnologues. On travaille sur dossier pendant deux mois ;
- Ensuite, Franck Desplanques part en repérage avec un traducteur et un sac à dos. Il part dans la jungle, par exemple, va de villages en villages et il essaie de rencontrer les gens qu’on veut filmer. Pour trouver il faut savoir ce qu’on cherche et, nous, on a déterminé ce qu’on cherche : des gens qui sont exemplaires dans leur communauté, parce qu’on s’est rendu compte que des personnes exemplaires pour leur communauté l’étaient souvent pour le reste du monde. Par exemple, quand il va chez les Amaras en Éthiopie, à 4000 mètres d’altitude, on ne savais pas à quoi ressemblent les gens qui y vivaient. Il n’y avait même pas de livres, pas de photo. Il a tout découvert en arrivant sur place et puis, il a rencontré Cissé, notre héros, dans un champ. Cissé a sauvé ses filles de mariages arrangés alors que tout le monde y marie ses filles à douze ans. Franck Desplanques a continué à explorer, par acquis de conscience, mais il est revenu voir Cissé, qui est vraiment exceptionnel.
- C’est alors qu’on arrive en tournage. Le réalisateur vient une semaine ou dix jours avant, et puis on passe deux à trois semaines avec l’invité. Puis il y a quatre mois de montage.
On a cent heures de rushes. L’activité consiste alors à les condenser en une heure quarante.”
Pouvez-vous être toujours aussi émerveillé, après avoir vu autant d’endroits époustouflants ?
“Oui, parce que ce sont des endroits et des écosystèmes très différents à chaque fois, et avec des personnes différentes. Moi, ce qui m’impressionne toujours, c’est la faculté d’adaptation de l’être humain. Quand on est au cœur du cercle polaire et qu’il fait -35°C, et qu’on voit les Nénètses de Sibérie qu’on est allés voir avec Charlotte de Turkheim, c’est assez hallucinant parce qu’on est au Yamal, qui est grand une fois et demi la France : Le sol est gelé sur deux mètres de profondeur. Tout est blanc. Il y a quelques arbres mais vraiment très très peu. On se dit qu’il est impossible qu’un être humain vive ici et, quand on arrive, on voit des enfants de trois ans en fourrure de peau de rennes. On se demande comment ils peuvent vivre là. Dans le désert, c’est un peu la même chose. Il n’y a pas d’eau.
Si je dois retenir quelque chose, c’est ça. Et surtout, on va voir des gens qui prennent soin de nous. Heureusement qu’ils sont bienveillants, sinon on mourrait au bout de deux jours. Et je me souviens, lors de notre arrivée au cercle polaire : le premier geste vers moi était une poignée de main. Le deuxième geste, alors que je ne le connaissais pas et que je venais de le rencontrer, a été de me dire de mettre ma capuche. La dernière personne qui m’avait dit ça, c’était ma mère en CM2…”
Y’a-t-il des gens plus exemplaires au bout du monde que dans le métro parisien ?
“Bien-sûr. Ce qui m’intéresse, c’est de filmer, sans évangélisme ni misérabilisme, des hommes qui font des choix, qui ne subissent pas les choses, qui ne subissent pas leur vie, et qui font des choix pour eux, pour leurs enfants. Ce sont des choix très courageux, souvent, parce qu’ils sont souvent tiraillés entre la tradition, le mode de vie de leurs ancêtres, et la modernité, qu’ils connaissent. Ce sont des choix radicaux qu’ils font de manière très instinctive, très intelligente. Bien sûr, il y a aussi en France, autour de vous, des gens qui se plaignent, mais il y en a aussi qui ne subissent pas, qui sont maitres de leur destin. C’est ça qui m’attire.”
Quels sont les enfants dont le mode de vie vous a le plus surpris ?
“Les enfants des Mentawaïs, justement, parce qu’ils rient tout le temps. Il faut savoir que dans la culture des Mentawaïs, l’obsession, c’est l’harmonie, avec la nature et entre les être humains. Les enfants sont incroyables. Ils reproduisent les gestes des adultes. Chez nous, les enfants jouent à la poupée. Là-bas, elles font des petites papillotes pour de faux, mettent des cailloux à l’intérieur alors que les parents mettent du sagou. Ils rigolent vraiment tout le temps. On a donné aux enfants un paquet de chips qu’on avait ramené, et ce qui nous a impressionné, c’est qu’ils étaient alignés et qu’il y en a un qui a donné les chips aux enfants qui étaient alignés, une par une. Ici, les enfants l’auraient mangé dans leur coin, ou par paquets. Là, c’était vraiment l’égalitarisme qui était la base de cette culture.”
Quand on fait ce genre de voyage, est-on conscient de l’empreinte écologique qu’on y laisse ? Y’a-t-il, par exemple, des moments où on a des dilemmes, où on se dit qu’en prenant l’hélicoptère dans un endroit relativement vierge, comme avec Gilbert Montagné, ça pollue ?
“Forcément. Déjà, on prend l’avion, ce qui est une contradiction, en soi. Après, le fait qu’on prenne la décision de le faire quand même, c’est qu’on a essayé de penser aux avantages et aux inconvénients. Quand on a réussi à faire passer auprès de cinq millions de personnes un message humaniste, de tolérance, envers des minorités qui sont souvent persécutées ou méprisées dans leur propre pays, c’est ce choix qu’il faut faire. Après, quand l’équipe va aux toilettes, elle brûle son papier. Même si ça finirait par se détruire avec la pluie, à un moment donné, on ne peut pas supporter l’idée de laisser ce genre de traces. On est très attentifs à ça.”
Avez-vous déjà eu envie de faire appel à des associations humanitaires pour le sensibiliser à certaines constats que vous avez pu faire ?
“Je dis souvent qu’”En Terre Inconnue” est une émission humaniste mais pas humanitaire. Ce sont deux métiers différents. Mon métier, c’est de mettre dans la lumière des gens, de leur donner la parole et de les mettre en valeur. L’humanitaire, c’est quelque chose qui demande de la constance. Vous ne pouvez pas vous permettre de faire des promesses à des gens que vous ne tiendrez pas. Du coup, on travaille avec des associations. Par exemple, chez les Himbas, en Namibie, il y a Solenn Bardet qui nous a emmenés. Elle avait vécu il y a dix ans, pendant environ deux ans je crois, avec eux. Elle a créé une association qui s’appelle Kovahimba et qui a plein d’adhérents. Solenn mobilise de l’argent public, de l’argent de donateurs, d’adhérents, et elle a réussi à faire construire, pour 40 000 euros un puits pour les Himbas. On fait tout ce qu’on peut pour la mettre dans la lumière, mais c’est son métier.”
En décembre 2009, les DVD des quatre documentaires sur les Amharas (Adriana Karembeu sur les hauts plateaux d’Abyssinie en Éthiopie), les Dogons (Édouard Baer sur la falaise de Bandiagara au Mali), les Korowaïs (Zazie en Papaousie occidentale, en Indonésie) et les Zanskarpas (au Zanskar, sur l’Himalaya) ont été mis en vente. Y-a-t’il une émission qui vous a marquée plus que les autres ?
“C’est vrai que c’est très compliqué de choisir. J’ai été très marqué par ce qu’on a vécu avec Adriana Karembeu, en Éthiopie. Cissé, envoie ses enfants à l’école, mais tous les gens, là-bas, n’envoient pas leurs enfants à l’école. Les enfants de Cissé mettent deux heures dans la montagne pour aller à l’école le matin et deux heures dans la montagne pour revenir le soir. Ça m’a très impressionné. Cissé, lui, pense que l’éducation est importante pour les enfants. Ce type qui a sauvé sa fille d’un mariage arrangé, qui a reconnu son erreur parce qu’il a marié sa première fille. Je trouvais ça très impressionnant. C’est sans doute le personnage qui m’a le plus marqué. On ne rencontre pas tous les jours des gens qui savent reconnaître leurs erreurs. C’est quelque chose de très émouvant.”
Vous n’en reverrez jamais aucun, de ces personnages ?
“Non, je ne pense pas. Si je suis honnête avec moi-même, il y a des chances, mais pas tous. Maintenant, au fond de moi, j’ai envie de les revoir. Mais c’est vrai qu’ils sont nombreux…”
Le documentaire “Rendez-vous en terre inconnue avec Marianne James chez les Bajaus” reviendra sur les petits écrans au printemps 2010. En attendant, outre les quatre DVD des documentaires (voir plus haut), le livre “Retour en Terre Inconnue” est actuellement disponible à la vente. Ecolokid t’en reparlera très bientôt…










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